Lorsque je vais chez cette patiente, je sais d'avance ce que seront nos prochaines
quarante-cinq minutes...Nous serons coincées toutes les deux dans son passé, passées et repassées, exténuées par sa souffrance, ses lamentations, vidées, décortiquées, et, épuisée d'avoir tenté
par toutes les stratégies verbiales de la sortir de cette miasme de sentiments refoulés, je m'en irai pour encore mieux revenir le lendemain.
Cette visite hebdomadaire me donne à penser aux regrets, à nos regrets, à mes loupés, à mes actes manqués...
par Mlle Capucine
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Chronique sociale
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Ce portrait si touchant en noir et blanc, posé nonchalamment sur la commode relevant d'un autre temps. Un doux visage tourné de côté, une main qui pose à la façon renaissance, le petit
doigt cambré élégamment.
Ce visage me rappelle "cette Vieille Dame" qui est là devant moi ; comme elle se plaît à me le dire. Contraste flagrant face à la jeunesse du portrait. En une demi-heure, nous
refaisons le monde. Elle fait le tour de sa vie. C'est une farandole de souvenirs.
Elle se meut à travers les déchirures de sa vie, à travers le voile du passé qui devient de plus en plus opaque. Elle est comme habitée par une urgence de vivre qui s'est installé en parallèle de
la maladie. Imprégnée d'une douce mélopée, j'avance bercée du doux murmure de sa voix.
Faire éclater l'empire des non-dits!
Je ne suis pas un fantoche qui glisse sur la scène de leur vie, qui vibre au son de leur douleur, fardée par l'éclat de leur voix.
J'ai envie de transmettre un fac-similé de nos rencontres pour éloigner les sentiments factices. Tour à tour, je me revêts de la peau des Autres, chagrin, mélancolie, nostalgie. Je deviens le
récepteur sensoriel, le capteur des états d'âme qui forme sur mon parcours cette douce mélopée.
par Mlle Capucine
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Chronique sociale
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Elle est chargée de souvenirs, ses poches sont chargées d'histoires. En passant près de sa table, elle se sert dans ses albums photos pour s'alourdir, pour garder
l'équilibre. Elle leste ses poches de souvenirs, pour ne pas perdre pieds. Elle charge son lit, ornemente ses couvertures, elle se donne, se réinvente une compagne qui se nomme Mémoire.
Bienheureuse et paisible, pleine comme une grossesse qui n'en finirait pas, un état second de plénitude. Ses mots sortent de sa bouche comme des murmures, comme un souffle. Je vois danser son
Histoire sur l'onde de ses soupirs. Elle murmure son passé pour enrober son présent de douceur et de chaleur. Elle me chante à travers chaque geste une parole embuée d'empreintes.
Elle me plaît cette Dame de quatre-vingt-six ans, qui charge ses poches de photos en noir et blanc. Une passerelle entre elle et ses ancêtres. Je me plais à la mimer, je caresse ses livres
mémoires; faits de bois et d'argent; symboles vivants, natures mortes de son passé.
Elle sourit, elle s'amuse de mon geste, prise en flagrant délit de nostalgie, son sourire est espiègle, elle me regarde, son regard est doux.
Elle marche d'un pas posé, sa posture est emplie de grâce. Je la laisse me guider dans sa farandole du passé. Je l'écoute, je suis le réceptacle de ses maux.
Je suis en lien, tour à tour, avec son père, sa mère... Elle se livre, elle m'écrit un livre, elle écrit le livre de sa vie.
par Mlle Capucine
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Portrait
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Des lumières clignotent, des coussins au sol...
Personnages hybrides déambulant dans les rues.
Plonger dans la douce nuit du début d'été.
Noctambules foulent au pied le pavé avide et repus de Rencontres nocturnes.
Le pavé chaud et morne d'une journée sans besognes.
Pavé battu par des pieds cossus, calés, calmés.
Pieds foulés, tannés, sans repos.
Pavé déformé, maintes fois battu, fourbu, dupé par des pieds bornés.
Fausses alertes, joies dissimulées, grimées; déguiser en joie la tristesse, paresse dédouanée par des pas vivants et cocasses, espiègles pleins de sentiments.
Foule foulée au petit jour, messe nocturne qui arbore ses plus beaux atours, pour éblouir la foule, les Nocturnes Noctambules!
Pieds digitales, empreintes anonymes, fuyant les clairs obscurs d'une rue en liesse qui caresse de ses lumières tamisées la foule qui piétine.
Amoureuse rue qui drague la vague des intranquilles coupables, mus par les effluves sensuelles des sens; ils foulent au pied les états d'âme laissées sur ces pavés, ils laissent traîner leur
coeur sur l'asphalte!
par Mlle Capucine
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Promenade poétique
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calirezo3.free.fr
Je suis à la recherche du sens de la relation, du sens de la rencontre.
Au fil de mes écrits, je dresse le portrait de ce qu'une rencontre pourrait être.
J'explore sans relâche les recoins, les tréfonds du sens, je veux faire jaillir l'essence. Au fil des métaphores, je me promène de lien en lien.
Éprise par les sentiments, perpétuelle quête de l'Autre, je me noie dans le tourbillon des bons sentiments, j'en oublie que l'être n'est pas que bon. Rousseau me compte parmi les siens. Usée ou
non, je n'en sais rien, ni l'un ni l'autre, et puis je me dis que trop de bons sentiments tuent les sentiments! Trop de gentillesse me met en ivresse, je suis leurée par mon métier. Les personnes
vers qui je vais ne représente pas toute la réalité. Alors, vivrais-je dans une autre dimension, dans un monde virtuel? Serais-je trop éloignée de la réalité? Je me sens perdue, trop de
sentiment, trop de fatigue, fatiguée par cette quête de l'Autre ou par ma propre quête!
par Mlle Capucine
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Monologue-Soliloque
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petitevieille de kriblogs
Je me sens comme Alice dans son pays des merveilles!
A force de faire ce métier, d'aller vers l'Autre avec habitude, je me complets dans cette douce joie que je ressens à rendre service, à épauler et accompagner...
J'ai en tête comme portrait type de la personne très âgée une vision utopiste: témoin vivant du passé, politesse incarnée, science et sagesse!
Et puis quelque fois il y a des gens qui me rappelle à la réalité, qui me sortent de mon pays aux merveilles.
Comme un matin, en sortant de chez moi, je m'aperçois qu'une voisine d'un âge bien avancé me suit.
"Bonjour!" lui lançais-je sur un ton enjoué... Rien...Un ange passe.
Toute recroquevillée, attachée solidement à son sac, elle me jette un regard du coin de l'oeil et file comme le vent dans un taxi qui l'attendait devant!
Choquée, je reste là devant la porte et monologue longuement en moi: " Eh quoi, elle a eu peur que je lui vole sa bosse? J'ai envie de lui crier "Pauvre Bossue! Pauvre petit être sans politesse,
la jeunesse te dit bonjour, et tu lui lances comme simple retour un regard apeuré? Femme au bord de la crise de nerf, insensible, tu viens de briser mon petit coeur de gentille fille qui croyait
encore à la sagesse des aînés!
par Mlle Capucine
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Anecdote
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Au cours de ma courte carrière, j'ai pu travailler dans un centre qui accueillait des personnes en situation de handicap physique et/ou mental.
Quoique la pathologie fut lourde, j'ai adoré travailler là-bas, car l'accompagnement était ponctué d'anecdotes plutôt sympathiques et loufoques.
Je me souviens d'un jour où je devais les accompagner pour le repas de midi, chaque résidant arrivait l'un après l'autre et choisissait sa place pour s'attabler.
Voici Alicia qui arrive, se place et observe la ronde monotone de ses compagnes.
Alicia est dotée d'un caractère bien trempé et a toujours le bon mot pour rire. Elle ne rate jamais aucun détail qui pourrait servir son humour parfois noir et caustique.
Entre dans la salle, Coline; qui dépitée d'être dernière ne peut que prendre la place qui reste à côté de moi; mais ne voulant se résigner à ne pas avoir le choix pour se placer, fait mine de ne
rien voir et lance tout haut sa question:
"Mais où est ma place?" "Ta place?! elle est au cimetière!" rétorqua Alicia! La salle résonna de rires...
Coline lui répondit, tout en suivant le mouvement, qu'elle avait bien raison et se plaça finalement à côté de moi.
par Mlle Capucine
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Anecdote
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Reproduction du Musée Rodin
Etude pour le secret
Paris
A chaque rencontre, je grandis un peu plus, je m'enrichis de sensations, positives ou négatives tout est à prendre, ce métier m'offre plus que la routine ordinaire, au delà des attentes
terre à terre.
Je suis peut-être naïve, mais je me nourris de ces liens que je crée et que nous entretenons, c'est une simple histoire d'humanité.
Chaque vie qui m'est contée m'enrichit et me permet de continuer ce métier, elles sont des passerelles avec le passé que j'affectionne tout particulièrement.
Dès l'enfance, le JE n'existe que dans la relation à l'Autre, JE grandit à travers le regard de l'Autre, il en va de même tout au long de notre vie, et je l'expérimente à
chaque visite.
Je me vis comme une « Mlle à l'écoute », une vraie écoute, je suis la vasque qui recueille le flot de paroles ou la rivière de silence de Mme X ou Mr Z, je
m'accorde pour un jour à chaque fois le rôle de passeur clandestin de bons sentiments.
J'entre en relation de façon bouillonnante pour laisser derrière moi une sensation chaude de bien être, un souvenir de plaisir partagé prolongement de cette
contamination positive.
par Mlle Capucine
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Chronique sociale
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